Le peuple Fang

Jeune Fang d'Oweng
Les peuples qu'on dénomme « Fang » dans la littérature géographique et ethnographique constituent une vaste mosaïque de communautés villageoises, implantées depuis plusieurs siècles dans une large zone de l'Afrique équatoriale atlantique comprenant : le sud Cameroun, le nord-est du Congo, la guinée Equatoriale continentale, et presque tout le nord du Gabon.
Le pays Béti.

Cette région de grande forêt humide, au climat typiquement équatorial, est un plateau de moyenne altitude coupé d'innombrables cours d'eau, rendant la plupart du temps la navigation impossible .

les chutes de la lobé Cameroun
Les hautes terres couvertes de jungle, peu propices aux communications ont été cependant le théâtre de multiples déplacement de villages.

La forêt équatoriale d'Afrique
Beaucoup d'explorateurs et autres missionnaires qui ont « découvert » les Fang ont surestimé leur importance numérique, du fait de la concentration de certains villages dans les rares zones de passage, avec de nombreuses cases d'habitation et autres corps de garde , les maisons rituelles et de réunion des hommes.

explorateurs en Afrique
L'habitat est très dispersé en groupes d'habitations qui comprennent le plus souvent les membres d'un seul lignage, élément élémentaire de la famille patriarcale. En fait , tous les peuples Fang sont probablement les gens de la savane, des régions du moyen Cameroun et des confins de la Centrafrique qui sont devenus les gens de la forêt sous des pressions diverses d'ordre social et historique.

groupe d'habitation Fang
Les Fang, aussi appelés Pangwé, Pahouin ou Pamues, selon la nationalité d'origine du voyageur,( allemand, français, espagnol) sont aussi connus comme Béti au Cameroun, d'où l'appellation Fang-Béti.

Hubert Onana, initiateur et narrateur du rituel So.
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les dignitaires Fang |

Luc Esomba, expert en traditions bétis.
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L'ensemble des peuples Fang pratiquent un culte des ancêtres lignagers, « le Byéri » , afin de pouvoir à la fois se protéger des défunts et requérir leur aide dans la vie quotidienne. Ce culte familial à caractère intimiste ne monopolise pas l'univers religieux des Fang, puisqu'il coexiste avec d'autres croyances et rituels à caractère plus collectif, tel que le Ngui, le So, le Ngon-Ntang, etc.

statue de reliquaire Byéri
Cependant, le Byéri a suscité de façon évidente une activité remarquable de sculpture sur bois. Les autres rituels, tels le Ngui, le So , ont produit de monumentales représentations anthropomorphes en terre dont il ne subsiste que quelques rares photographies d'archives, faute d'avoir pu être, bien évidemment déplacées ou conservées.
Chaque lignage ou fragment de lignage disposait, au début du XX ème siècle, d'une ou plusieurs statuettes en bois représentant de façon symbolique et générique les ancêtres défunts, ceux-ci étant physiquement présents au sein même de la famille patriarcale par des reliques pieusement conservées dans les boîtes en écorces battues.

boîte de reliques
Ces reliquaires, sortes de tombeaux portatifs, sont gardés dans un coin sombre de la pièce principale de la case. Parfois, les défunts du lignage sont inhumés dans l'espace même de la case, afin que personne ne puisse venir en prélever quelques ossements pour pratiquer la sorcellerie contre les membres de la famille.
Les reliques sont essentiellement des fragments de crâne, parfois des crânes entiers, des mâchoires, des dents, de petits os. Elles sont l'objet d'un culte « ordinaire » consistant en libations régulières à but propitiatoire et de protection des vivants.

Reine mère
Le Byéri sert aussi pour des rituels thérapeutiques, et surtout pour les initiations des jeunes garçons, lors des grandes fêtes du So. Les statuettes sont alors disjointes des reliques pour servir de marionnettes rituelles lors de manifestations quasi théâtrales, au cours desquelles les candidats, dûment drogués et mis en condition, doivent mourir en tant qu'enfant avant de naître en tant qu'homme. C'est à l'issue d'une hallucination devant leur permettre de voir leurs ancêtres , et surtout de connaître leur nouveau nom, que les candidats ont la révélation du rôle des reliques et des statuettes.

mortier Fang à usage rituel
La statuaire rituelle du Byéri des fang peut être répartie en deux grandes tendances stylistiques, maintenant différenciées par des caractères morphologiques et de décor bien précis et attestés. Au nord, plusieurs sous-styles ont une tendance volumétrique à l'allongement des formes. Au sud plusieurs autres déclinent des volumes plus arrondis et massifs.
Styles des Fang du Nord :

Sous style Ngoumba ( sud-Cameroun versLolodorf)
Aux formes élancées mais anguleuses, avec une utilisation systématique de plaquettes métalliques comme élément de décor ( fer et laiton ) sur le visage, le thorax, et les épaules.
statue de reliquaire Byéri

Sous style Mabéa (sud-Cameroun vers Kribi, près de la côte)
A la facture plus réaliste, surtout pour le visage et le haut du corps ( bois à patine clair)
statue de reliquaire Byéri

Sous-style Ntoumou (extrême sud-Cameroun, nord est du Congo, nord-est de la guinée Equatoriale, nord du Gabon)
Aux formes très allongées, membres grêles, le tronc mince, plus au moins cylindrique mais s'évasant au niveau du ventre généralement bien arrondi pourvu d'un ombilic en relief marqué, de facture très sobre, avec une tête à l'ample front bombé surmontant une face en cour caractéristique déterminant une large bouche, mince, faisant la moue, sans menton. La coiffure à coque centrale, parfois très allongée vers l'arrière en catogan, est particulièrement typique.
Styles des Fang du sud

statuaire de reliquaire Byéri
Sous-style Béti
Aux formes et volumes trapus et arrondis dans un schéma d'ensemble massif, avec une tête proportionnellement énorme, un tronc court et des jambes ( cuisses et mollets) puissantes aux reliefs musculaires bien marqués. Patine toujours très foncée. Les ouvres Béti avec une variante notable, celle de Mvaï à la tête très importante pourvue d'une coiffe à trois coque, forment un ensemble où dominent les surfaces courbes et volumes pleins
Les masques :

masque Ngui
Les fang ont façonné de nombreux masques à des fins rituels, il n'en est resté que peu de spécimens dans les collections et des musées. La raison à cette rareté, : le caractère secret de ces objets, au XIX ème siècle en rapport avec l'importance des rites d'initiation.

un masque Ngui
Peu de masques anciens Ngui sont connus, la plupart ayant probablement disparus sous l'influence des missionnaires chrétiennes

masque Ngon-ntang
Les masques Ngon-ntang sont assez anciens, avec un ou plusieurs visages plats et circulaires, décorés de kaolin. Ngon-ntang signifie « la jeune femme blanche », en rapport avec certains éléments mythiques évoquant les êtres de l'au delà. |