RITES ET SOCIETES SECRETES
Les rites sont des formes spécifiques, de comportement religieux et d'affirmation politique, d'où l'interdiction de la plupart d'entre eux comme le "SO".
Funérailles, guérisons, palabres, sont des occasions visibles d'exprimer des relents d'une société historique plus raffinée.

Novices du So à Yaoundé
TYPES DE RITES
Chez les Fang-Béti-Béti par exemple, les rites se classent en plusieurs catégories:
- les rites d'initiation (de la circoncision aux mutations du SO)
- les rites de purification (ESANI, NDAN AWU, TSO, ESYE) les plus vivaces de nos jours.

Danses des candidats au So

Les candidats au rituel de l'initiation So
- les rites de revivification des expériences (SO, NGUI, MELAN MVELKA)
- les rites exclusivement féminins (MEVUNGU, NGAS, NDONGO OSOE)

Le rite constitue une limite entre l'espace public et la société secrète, à vocation identitaire ou circonstancielle.
Le rite opacifie le contenu ésotérique des pratiques, qui tiennent une place importante dans la société du seul fait de leur existence.

Danse du Chimpanzé
Lors du rituel Bokung à Bebai

Fin du rite pour l'admission des jeunes hommes parmi les adultes
Les rites des ancêtres FANG-BETI.
L'étude de la dimension sociale de l'homme FANG-BETI , ou le sens que le FANG-BETI se fait de l'homme se trouve dans l'ensemble de ses rites. Elle a pour fondement sa conception générale de l'être.
Pour le FANG-BETI, la société civile en tant que telle n'existe pas, sa société est toujours rattachée à des forces supérieures invisibles jusqu'à l'auteur dernier de la vie dont les génies, des ancêtres et le sorcier sont des médiateurs. C'est dans et avec le contact plus ou moins grand de ces forces supérieures invisibles que l'homme agira avec plus ou moins d'influence et d'efficacité dans son milieu de vie. D'où la force des chefs de famille, des sorciers, des initiés, des envoûteurs, etc.
Ces forces sont de deux sortes :
Les forces destructrices de la vie visent à donner aux forces du mal la puissance de destruction de toute vie et de tout développement harmonieux des êtres au profit d'un seul.
Les forces productrices visent à l'augmentation de la puissance de la vie dans les êtres au profit d'une multitude en diminuant les forces du mal.
Eléments de vie des traditions rituelles FANG-BETI :
ESSANI
Définition :
L'ESSANI est la célébration du triomphe d'un vaillant défenseur de la famille mort au champ d'honneur de la vie. Il a lutté contre la mort pour défendre sa famille ou la société, et la mort l'a vaincu, mais il a réalisé son dessein : sauver les autres par sa propre mort qui fait le triomphe de ceux qu'il a sauvés et qui lui doivent reconnaissance et action de grâces. En même temps, c'est son propre triomphe qu'on célèbre

Félix Houphouët-Boigny, Président de la Côte d'Ivoire depuis 1960
Cérémonial : L'annonce officielle du décès se fait dès le dernier souffle, au son du tam-tam d'appel qui décline nom, prénom et qualités du défunt et donne toute sa généalogie en concluant : « Il est désormais couché et raide à jamais ».
Aussitôt on entame une musique et danse funéraire guerrière où on expose ouvertement tous les instruments de guerre et de vaillance. Ceci va se répéter à chaque arrivée d'un groupe de notables venant assister au deuil et cela jusqu'à l'enterrement.
Une fois que tous les notables sont rassemblés, chaque chef de groupe ayant enquêté de la cause du décès, le chef du conseil de famille du défunt prend la parole pour y répondre. « point de décès sans motif » car point d'effet sans cause .
Et la cause chez les FANG-BETI est toujours vitale, une force vitale entrée en collision avec une autre force vitale. La plus forte a vaincu la plus faible.
Cette force destructrice de la vie du défunt ne peut généralement pas se trouver en dehors des membres ou du clan de sa propre famille et des membres les plus proches (femmes, enfants, frères) qui sont les premiers mis en cause et qui doivent donner une explication valable de ce décès.
Les coupables présumés seront punis. après le compte rendu du conseil de famille du défunt, l'enterrement suit.

François TOMBALBAYE , Président du Tchad
ESOE AKUS ou BENEDICTION du VEUVAGE
L'ESOE AKUS , ou suppression des conséquences néfastes inhérentes à la disparition du conjoint, est un rite de réintégration à la vie normale du conjoint vivant. La mort en effet est la rupture de tout lien vital visible dont les conséquences se ressentent jusque dans le comportement psychologique, économique, et social du conjoint survivant.
Le jour fixé pour la cérémonie de l'ESOE AKUS, un ou deux jour après l'enterrement, de grand matin , souvent au premier chant du coq, les proches parents du défunt (ses sours généralement) vont chercher le survivant et ses proches (frères et sours) considérés également comme conjoints du disparu.

AMIN DADA, président de l'Ouganda
Vexations et mauvais traitements leur sont infligés dans le but de les délivrer des mêmes vexations que leur infligerait le défunt en les frappant ( surtout le conjoint direct) de folie , de stérilité du sol et du bétail, productivité des ouvres de ses mains, etc.
C'est donc une cérémonie de prévention , de protection et de réhabilitation .On leur fait faire neuf fois le tour des maisons du village dans la soirée en les pourchassant comme du gibier. Ils transportent avec eux sur l'épaule un tronc de bananier muni de ses feuilles. Puis on les fait rouler dans la poussière en signe de pénitence, d'humiliation et de réconciliation.
Ensuite on leur remet le matériel de culture :instruments et semences de toutes sortes, signe d'un nouveau de vie à entamer dans la société. C'est après cela qu'on les conduit à un cours d'eau pur un bain rituel de génération à la vie.

YAKUBU GOWON, président du NIGERIA
TSOO
TSOO du verbe TSAG, qui signifie écraser, est un rite de purification et de prévention provenant d'une souillure contractée par la famille à la suite d'un meurtre de parent de la famille, ou par un suicide ou une mort violente et sanglante (accident de travail ou de circulation, noyade, électrocution).
La souillure est également contractée par la suite d'un inceste ou par infraction d'un interdit sexuel touchant un membre de famille.

BOKASSA, Président de la République Centrafricaine
EVA OLANDA (NDONGO, SESALA, ESOB NYOL)
L'EVA OLANDA ou levée de souillure et de ses conséquences est un rite de purification proche du TSOO. Il est conséquent à la souillure contractée par la transgression d'un interdit juridico-moral à répercussion communautaire et familiale. Cette transgression-souillure se répète aux décès fréquents et souvent précoces dans la même famille causant diminution des membres de la famille sans contrepartie des naissances à cause de la stérilité des autres membres de la famille. Ou alors on est victime des malheurs successifs et fréquents dont on ignore la cause et l'origine.

DIARO HAMANI, président du Niger
Cette souillure est contractée soit par des fautes passibles du « NDONGO » tel l'inceste, soit par le vol et l'abattage clandestin d'un animal domestique pour une fin personnelle, ou sa destruction par une pure méchanceté.
Elle résulte également d'un vol de gibier dans un piège ou pour les seules femmes qui se croient sous l'emprise d'une souillure quelconque personnelle ou héréditaire qui serait cause de leur malheur. La levée de souillure se fait dans un cours d'eau.

MOBUTU, président du Zaïre
ESIE
L'ESIE ou assemblée plénière ( concile ) est un rite de pénitence et de réconciliation par la purification en vue de libérer un malade de sa maladie et en obtenir la guérison à brève échéance.
En effet, le mal physique est lié dans l'anthropologie FANG-BETI à une cause vitale de contrariété ou d'opposition à une force vitale à l'intérieur même du lien vital de sang qui est la famille.

El Hadj. AHMADOU AHIDJO, président du Cameroun
Aussi doit-on faire appel à l'assemblée du peuple, membres de la famille du malade , pour enquêter sur les causes de sa maladie.
L'enquête porte comme pour ESANI, sur les relations de vie que chaque membre de la famille entretient avec le malade , sur les plaintes et griefs qu'il porte contre lui, et sur les moyens préconisés pour l'harmonisation de ces relations .

MARIEN NGOUABI, président du Congo
L'enquête s'en vient au malade lui-même pour tirer de lui également les causes de sa maladie dans les relations avec les membres de sa famille ou de son clan, ses méfaits personnels, « ses luttes nocturnes » de connivence avec les forces destructrices de vie contre les forces vitales bienfaisantes, d'où il serait sorti vaincu. L'initiateur lui fait part des récriminations, plaintes et griefs déposés contre lui par les membres de sa famille.

EYADEMA, président du TOGO
L'initiateur ayant fini son enquête en donne publiquement le résultat et déclare que la justice et satisfaction seront faites aux justes réclamations de part et d'autre , mais que le plus urgent était dans la circonstance, le rétablissement du malade.
Le OUI est le OUI de la réconciliation de toute la famille qui accepte pour l'avoir pardonné que le malade s'en aille aux soins et soit guéri.

SEKOUTOURE, président de la Guinée
On égorge alors le cabri ( bouc ) dont le sang mêlé à l'eau servira à l'aspersion ou au bain du malade, le reste étant préparé pour servir de repas sacrificiel, tandis que le reste de viande est partagé entre tous les assistants, le cour de l'animal étant réservé au malade lui même Celui-ci est envoyé aux soins en vue de sa guérison.

Grégoire KAYIBANDA, président du RWANDA
L'EVU :
La nuit est pour les FANG-BETI le temps où l'on ouvre en secret, dérobé au regard d'autrui, c'est donc par excellence le temps ou le lieu symbolique de « l'ouvre au noir » des sorciers criminels.
Mais c'est aussi l'espace de temps des mystères de la procréation et des palingénésies. Cette conception et des pratiques correspondantes sont celles des anciens FANG-BETI c'est-à-dire de ceux qui à partir des années 1890 ont vu les premiers européens arriver dans leur forêt jusqu'alors vierge de toute influence extérieure perceptible. Il s'agit d'un passé historiquement très proche ce qui veut dire que si la plupart des rituels ont été abolis par la conversion au christianisme, la vision du monde sous-jacente reste vivace.

Michel MICOMBERO, président du BURUNDI
Le mot EVU, dérivé du verbe VU, qui signifie être florissant, prospère, riche, avoir de la réussite dans ses entreprises. Et avoir l'EVU, c'est posséder un instrument externe ou interne permettant de se hisser à cette hauteur.
Le revers de la médaille de l'EVU est sa possibilité et sa capacité de nuire à autrui pour les mêmes fins de celui-ci, au profit d'un tiers. Il y a l'EVU du bien et l'EVU du mal.
AIR MUSICAL CULTUREL Fang-Béti
Les rythmes
Le cour d'une société s'exprime dans le rythme de son art. L'oralité en mouvement en est une marque.

La culture orale
Dans une mosaïque linguistique, le dialecte identitaire dépasse le cadre d'outil de communication pour jouer le rôle de conservation patenté des traditions.
Proverbes, devinettes, contes, berceuses, rythment la vie ludique et éducative des hommes. Des funérailles aux noces, des palabres aux sentences, le verbe demeure chez les Fang-Béti, une ouvre d'art par excellence.
Le Mvet donne alors une dimension rythmée à la littérature orale.
La musique
La voix humaine étant déjà un registre en soi, l'art du son instrumental montre les temps de la société et les occasions diverses d'expression collective.
L'instrument de musique est aussi en soi, une ouvre d'art sur laquelle se matérialise, un savoir-faire mais aussi, un savoir dire.
La décoration du Tam-tam, les sangles du Balafon, les motifs du Tambour, les excavations du sifflet, autant de rythmes.

La danse et l'espace
Qu'elle soit sportive (Mbali), éducative (Assiko) ou rituelle (Essani), la danse spatialise l'âme humaine.
Le mouvement des corps et des costumes se projette dans un espace souvent virtuel pour tracer des motifs au sol ou délimiter le cercle de prestation. En ce sens, la danse construit l'architecture et se construit en elle.
Un spécialiste de Tam-tam, danse du Chimpanzé, danse du so, joueur de Mvet, poète, artiste et éducateur.
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